Métro XI.

                                     

                                             symposium3

 

 

 

 

 

 

"Votre pays n'est plus."

Une voix sortie des hauts-parleurs nichés dans les arbres de la forêt accompagnèrent le retour de Renée parmi ceux qu'elles devaient considérer à présent comme les siens. Kiki le caniche allait lui manquer, pensa-t-elle fugacement avant de poser les yeux sur Ysabel qui était miraculeusement revenue à la vie et de se sentir à nouveau légère et heureuse. Ce qui n'était pas le cas de ses compagnons d'infortune, constata-t-elle amérement devant les regards chargé de haine qu'ils lui lançaient tous.

- Je peux tout vous expliquer, bredouilla-t-elle.

Elle n'en avait pas besoin, un écran de cinéma derrière les arbres s'en était chargé à sa place, montrant toute la scène aux huit personnes restées dans la clairière. Huit personnes qui risquaient de vouloir se faire vengeance sous peu.

- Avez-vous pensé ne serait-ce qu'une seule seconde aux gens auxquels nous tenons ?

Emilie ne se sentait, pour sa part, pas particulièrement triste. Mais la perspective de se défouler de toute la rage et la frustration qu'elle ressentait, par contre, la motivait un peu plus.

- Ma femme, ma télé, mon chien...

Richard pleurait silencieusement (enfin plus vraiment silencieusement) la perte de ce qu'il avait aimé et qui avait disparu dans une détonation nucléaire. Il releva la tête, retroussa les manches de sa chemise, et se dirigea à pas lents vers Renée qui se servait de sa petite fille comme d'un bouclier, comme pour justifier l'acte irréparable qu'elle venait de commettre.

- Ne vous approchez pas !

L'invective ne perturba aucunement l'homme, qui finit par se planter devant le visage de la vieille dame.

- Je vous hais.

Le premier coup partit, fulgurant, déchirant le silence spectral de la clairière et éclatant l'arrête nasale de celle qui avait causé la perte de sa patrie.

Ysabel hurla, puis finit par se réfugier dans les bras d'Emilie qui observait le massacre de Renée en silence, le regard dur, se complaisant dans l'explosion de violence et se déléctant du sang qui giclait de ce qu'il restait de la boîte cranienne de la vieille femme. Elle en reçut une goutte sur l'index qu'elle se retint de porter à ses lèvres...

Eric avait tenté d'arrêter Richard puis avait décidé de prendre part au joyeux massacre en décrochant des coups de pieds dans le thorax de Renée, la faisant s'étouffer dans son propre sang avant de rendre l'âme, heureusement pour elle, quelques minutes plus tard.

Les autres n'avaient pas plus esquissé le moindre mouvement qu'Emilie, fasciné par le spectacle, même Brunhilde avait ressentit avec une pointe de culpabilité une forme de plaisir morbide à faire payer une dame âgée pour la destruction de la France. Bien qu'elle ne s'en plaignait absolument pas, étant donné que son mari qui la battait comme plâtre du matin au soir était la seule chose qui l'y attendait.

"Vous n'avez même plus besoin de nous pour vous entretuer, vous êtes vraiment géniaux les humains !"

Une voix synthétique résonna à nouveau dans les enceintes, détournant l'attention de ce qu'il restait de Renée.

"Je crois que vous êtes fin prêts pour entrer dans le temple de l'amour !"